La députée européenne Isabella Lövin présente le nouveau site web

Voilà six ou sept ans, j’avais fait part à un professeur de biologie marine de mon intention d’écrire un livre sur les politiques de la pêche de la Suède et de l’Union européenne. Je me souviens de sa réaction amusée et du regard compatissant qu’il a jeté à la journaliste accrochée à une idée impossible à réaliser. Ses paroles, aussi, me reviennent à l’esprit: «Eh bien, bonne chance! Mais vous n’y arriverez pas. Personne ne peut comprendre la politique de la pêche. Personne ! C’est tout bonnement un domaine trop stupide et corrompu pour être un jour compris».

Bien entendu, cette réaction n’a fait que renforcer ma détermination à essayer de comprendre ce qui se passait. Je voulais notamment comprendre comment ces politiques et ce qu’on appelle la «gestion» des stocks de poissons avaient pu vider les mers de Suède de 70 à 90 % de leurs populations de cabillauds, d’anguilles, d’églefins, de lingues, de soles et de merlans en seulement une ou deux décennies. Cependant, j’ai très vite pris conscience que le professeur avait sans doute raison, que j’avais peut-être plongé dans des eaux trop profondes pour moi. Déjà, pour commencer, interviewer des personnes et lire des documents officiels se sont révélées être deux tâches pratiquement irréalisables sans une connaissances basique en biologie et en gestion de la pêche. La terminologie constituait d’emblée un obstacle. Qu’étaient ces «ressources» dont tout le monde parlait? (réponse = poissons). Qu’était la «biomasse du stock reproducteur»? (= poissons adultes). Qu’étaient les «rejets»? (= poissons rejetés morts en mer). Que signifiaient les TAC, les CCR et la ZEE? Que dire de l’avis du CIEM, ainsi que de la PME qui devait être atteinte en respectant les Bpa et les APP? Qu’entendait-on par Blim? En quoi consistaient l’introduction de QIT, l’abolition des activités INN et la réduction de l’effort, en particulier dans la pêche démersale?

Tout cela n’était pas très clair à mes yeux, c’est le moins que je puisse dire!

Malgré tout, en travaillant d’arrache-pied et en bénéficiant d’aides efficaces, j’ai fini par atteindre mon but en achevant mon livre «Tyst hav», ce qui signifie «Mers silencieuses». Publié en 2007 et pas encore traduit en français, cet ouvrage m’a permis d’entrer en politique en 2009 pour le Parti vert suédois. Aujourd’hui, je travaille au Parlement européen en tant que membre de la commission de la pêche que j’ai d’ailleurs décrite dans mon livre. Je fais de mon mieux pour participer de façon constructive à la prochaine réforme de la PCP (politique commune de la pêche).

J’en viens à la raison d’être de ce nouveau site web cfp-reformwatch.eu.

Elle est très simple: à mon sens, pour réussir la réforme de la PCP, il est impératif que le plus grand nombre possible de parties prenantes (qui comprennent les scientifiques, les consommateurs, les citoyens ordinaires, les pêcheurs et les amateurs de pêche sportive) puissent suivre, dans un esprit d’ouverture et de transparence, ce qui se passe réellement au sein de l’UE. Certains aiment suivre l’évolution de la situation en lisant des documents, en prenant connaissance de l’ordre du jour des débats prévus au Parlement ou au Conseil, ou bien s’impliquent en prenant connaissance des propositions préparées par la Commission.  D’autres, sans consulter le site cfp-reformwatch, peuvent également suivre  dans les média ce processus extrêmement important.

Mon espoir le plus cher est que ce site web devienne une référence pour les journalistes qui, d’une façon ou d’une autre, s’intéressent aux questions environnementales et, bien sûr, en particulier à celles qui touchent les océans. Une chose de sûre: la nouvelle PCP qui sera mise en œuvre en 2012 produira des effets énormes sur l’environnement marin dans le monde entier. Il faut savoir que l’Union européenne est le plus grand marché d’importation de poisson de la planète. Elle est aussi, après la Chine, la deuxième puissance dans le domaine de la pêche.  La flotte de pêche de l’UE opère sur tous les océans. Les politiques de pêche de l’UE, avec leurs systèmes d’importation, leurs subventions et leurs accords avec des pays tiers, auront un impact énorme sur les océans du monde.

En ayant cela à l’esprit, on ne peut guère être optimiste en examinant les résultats atteints à ce jour par la PCP dans les seules eaux de l’UE. Dans son rapport connu sous le nom de Livre vert, la Commission européenne déclare que 88 % des stocks halieutiques de l’UE, soit ont été entièrement exploités, soit sont en situation de surpêche. Ainsi 93 % des cabillauds de mer du Nord sont capturés avant d’avoir pu frayer, ne serait-ce qu’une fois. Nous savons aussi que des espèces en grand danger d’extinction, comme l’anguille européenne, continuent d’être pêchées. Les rejets de poissons sont autorisés et pratiqués partout avec pour conséquence la mort inutile de spécimens de grande importance. Or, il est notoire que personne ne s’oppose à cette pratique. En conséquence, les captures européennes diminuent constamment et les écosystèmes menacent de s’effondrer. De nos jours, sur dix poissons consommés en Europe, sept sont importés.

Bien que ce site web soit financé par les Verts européens, son objectif principal n’est pas de promouvoir la politique des Verts mais d’offrir une plate-forme d’information à tous ceux qui en ont besoin. Le bas de la page principale renvoie à une section qui explique tout ce que vous avez toujours voulu savoir mais que vous  n’avez jamais osé demander à propos du rôle et des fonctions des institutions de l’UE. En haut de page, nous avons inséré les différents programmes de travail, avec des liens vers les documents correspondants, ainsi qu’un calendrier. La rubrique «À ne pas manquer» dirige vers des articles d’actualité et d’intéressants reportages, nouveaux ou anciens. Chacun est libre de se servir de ces informations de fond pour rédiger des articles ou de s’en inspirer pour composer de plus longs textes thématiques ou de recherche. Un exemple : qui a déjà lu un article correct sur le lien existant entre la surpêche et le stockage du CO2 dans les océans? Pour en savoir plus, visitez le site http://www.grida.no/publications/rr/blue-carbon/. Vous y apprendrez que d’après le récent rapport «Carbone bleu», la disparition des écosystèmes marins sains se traduit par une moindre capacité des océans à piéger le CO2!

Toutes les trois semaines, nous publions un nouvel article d’opinion écrit par un expert, un décideur, une personnalité politique ou encore une autre partie prenante. Cela nous permet de mener un débat suivi et informé, mais aussi de faire connaître de nouvelles personnalités aux journalistes, toujours en quête de commentaires pour étayer leurs reportages.

Nous espérons, de la sorte, contribuer à un débat animé et informé sur la nouvelle politique de la pêche qui entrera en vigueur en 2012. Après sept ans de recherche intensive dans ce domaine, j’ai la profonde conviction que ce débat est une chance à saisir. Une chance qui pourrait ne plus jamais nous être offerte. D’après les scientifiques, si la tendance actuelle à vider nos océans de certaines espèces devait se poursuivre au même rythme qu’au cours des 50 dernières années, les océans pourraient bien un jour se retrouver sans poissons. Plus précisément, en 2048.

Il est donc grand temps d’inverser cette tendance!

Isabella Lövin, députée européenne

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Mot de l'Editeur - Français

  • Les poissons sont l’avenir de l’homme
  • La députée européenne Isabella Lövin présente le nouveau site web

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